Les mythes thébains
Les mythes thébains sont les récits grecs consacrés à la maison royale de Thèbes, cité de Béotie. Œdipe roi de Sophocle ne porte à la scène que le dernier jour d’une partie de cette histoire. La trame remonte à la fondation de la cité par Cadmos et se prolonge jusqu’à l’exil d’Œdipe, la guerre de ses fils et la sépulture de Polynice.
Les sources antiques s’accordent sur la trame principale : un oracle, un enfant exposé, un meurtre sur une route, un monstre qui posait une énigme, un mariage avec sa mère, puis une malédiction jetée sur les fils. Elles divergent sur les détails, notamment sur l’identité de la mère des enfants d’Œdipe, le lieu où l’enfant fut recueilli, la manière dont éclata la vérité et la mort d’Œdipe.
Cadmos et la fondation de Thèbes
Cadmos, prince phénicien, en est le fondateur selon la tradition grecque. Pausanias rapporte que son armée phénicienne défit les anciens Hyantes et Aones en Béotie. Il bâtit la cité appelée plus tard la Cadmée, qui devint la citadelle de la ville basse de Thèbes. La Bibliothèque d’Apollodore, manuel de mythographie, ajoute que Cadmos se rendit à Delphes pour s’enquérir de sa sœur Europe. Le dieu lui ordonna de suivre une génisse et de fonder une ville là où elle s’allongerait. Cadmos tua un dragon qui gardait la fontaine d’Arès et sema ses dents sur le conseil d’Athéna. Les hommes armés qui en surgirent, les Spartes (« hommes semés »), s’entretuèrent jusqu’à ce qu’il n’en reste que cinq : Échion, Oudaïos, Chthonios, Hypérénor et Péloros. Apollodore montre Cadmos épousant Harmonie, fille d’Aphrodite et d’Arès, et comptant un fils, Polydore, parmi ses enfants.
La pièce conserve cette ascendance. Œdipe l’ouvre en s’adressant aux Thébains comme aux « enfants nouveaux-nés de l’antique Cadmos » (1–13), et le prêtre de Zeus nomme Thèbes « la cité de Cadmos » (14–57). Dans sa proclamation, Œdipe retrace le lignage du roi assassiné en le disant fils de Labdacos, de Polydore, de Cadmos et d’Agénor. Pausanias donne la succession de Cadmos à Polydore, puis à Labdacos. Labdacos mourut en laissant Laïos enfant, et la régence échut à Nyctée, puis à Lycos. Selon Apollodore, Amphion et Zéthos, fils d’Antiope, tuèrent Lycos, fortifièrent la ville et chassèrent le jeune Laïos. Laïos fut accueilli par Pélops dans le Péloponnèse, où il apprit à Chrysippe, fils de Pélops, à conduire un char, avant de l’enlever. Pausanias affirme plutôt que Laïos fut rétabli par les Thébains après la mort de Zéthos et la ruine de la maison d’Amphion.
Laïos, l’oracle et l’exposition de l’enfant
Chaque source antique rapportant l’histoire fait état d’un oracle avertissant Laïos qu’un fils le tuerait. Dans la pièce, Jocaste rapporte qu’il ne venait « point de Phébus lui-même, mais de ses ministres » (707–725). Elle dit qu’il annonçait que Laïos périrait de la main de son enfant, que les chevilles du nourrisson furent percées et liées ensemble, et qu’il fut jeté sur une montagne déserte alors qu’il n’avait pas trois jours. Le messager de Corinthe désigne cet endroit comme le Cithéron. Le berger thébain affirme que Jocaste elle-même lui remit l’enfant pour le faire périr, par effroi devant la prophétie, et qu’il le confia à un autre par pitié. Dans Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, Apollon répète trois fois à Laïos qu’il sauvera la cité s’il meurt sans postérité. Dans Les Phéniciennes d’Euripide, le dieu défend à Laïos d’ensemencer un sillon d’enfants, et Laïos engendre l’enfant dans un accès d’ivresse. Apollodore montre lui aussi Laïos désobéissant à l’oracle sous l’emprise du vin. Il lui perce les chevilles avec des broches et le remet à un pâtre.
Les sources divergent sur l’identité de ceux qui élevèrent l’enfant. Dans la pièce, un berger thébain confia le nourrisson à un berger corinthien, qui le donna à Polybe, et Polybe et Mérope l’élevèrent. Dans Les Phéniciennes, ce sont les écuyers de Polybe qui trouvent eux-mêmes l’enfant et l’apportent à leur maîtresse. Chez Apollodore, les bouviers de Polybe le découvrent et le remettent à Péribée, qui le fait passer pour le sien. Mérope, dans la pièce, correspond à cette Péribée. Tous trois expliquent son nom par ses pieds enflés. Dans la pièce, le Corinthien rattache ce nom aux chevilles transpercées, et Apollodore le fait dériver de l’enflure. Pausanias énumère les malheurs d’Œdipe par lieux : ses chevilles furent percées à sa naissance et il fut exposé sur le Cithéron, en territoire platéen ; Corinthe et l’Isthme virent son enfance, et la Phocide recueillit le sang de son père.
Le meurtre de Laïos est raconté dans la pièce par Œdipe lui-même. Un homme, lors d’un banquet à Corinthe, lui lança qu’il n’était pas le vrai fils de son père. Il partit pour Delphes et s’entendit prédire qu’il souillerait la couche de sa mère et tuerait son père. Il quitta alors Corinthe ; au carrefour de trois routes, un héraut et un vieillard monté sur un char tentèrent de l’écarter violemment. Il frappa le conducteur, le vieillard l’atteignit à la tête avec un aiguillon, et Œdipe renversa le vieillard hors du char. Il déclare les avoir tous massacrés. Jocaste précise que l’endroit se trouve en Phocide, là où se séparent les routes venant de Delphes et de Daulis, et que l’escorte de Laïos comptait cinq personnes. Dans la pièce, Créon indique seulement que Laïos se rendait à Delphes « d’après ce qu’il dit » (114–115). Dans Les Phéniciennes, Laïos cherche à savoir si l’enfant exposé est mort, et Œdipe va à Delphes pour découvrir l’identité de ses parents. Apollodore nomme le héraut Polyphontès et montre Œdipe le tuant avec Laïos. Pausanias décrit la Route Fendue et signale que les tombes de Laïos et de son serviteur se dressaient au carrefour des trois chemins. Selon son récit, Damasistrate, roi de Platées, découvrit les corps et les inhuma.
Le Sphinx et son énigme
Le Sphinx est un monstre qui tourmenta Thèbes après la mort de Laïos. La Théogonie d’Hésiode rapporte qu’Échidna enfanta « la funeste Sphynge qui perdit les Cadméens ». Apollodore en fait la fille d’Échidna et de Typhon, et lui prête un visage de femme, une poitrine, des pattes et une queue de lion, ainsi que des ailes d’oiseau. Il ajoute qu’elle tenait son énigme des Muses et se tenait sur le mont Phicion. Un oracle prédisait que les Thébains n’en seraient délivrés que lorsqu’ils l’auraient résolue, et elle dévorait l’un d’eux chaque fois qu’ils échouaient. Quand Hémon, le fils de Créon, compta parmi les victimes, Créon offrit le royaume et l’épouse de Laïos à quiconque trouverait la solution. Œdipe répondit qu’il s’agissait de l’homme, et le Sphinx se jeta du haut de la citadelle.
Pausanias consigne deux autres versions. Dans l’une, elle était une pirate maîtresse de la montagne depuis Anthédon. Dans l’autre, elle était une fille naturelle de Laïos qui connaissait un oracle transmis à Cadmos et mettait à mort tout prétendant incapable de le répéter. Les Deipnosophistes d’Athénée rapportent l’énigme d’après Asclépiade sous la forme d’un être à deux pieds, quatre pieds et trois pieds, doué d’une seule voix ; c’est lorsqu’il a le plus de pieds qu’il est le plus faible. Apollodore la formule avec une seule voix et quatre, deux et trois pieds.
La pièce fait souvent allusion au Sphinx, mais n’énonce jamais l’énigme. Elle est la « dure chanteuse » (14–57), « la Sphinge aux énigmes » qui détourna les Thébains de l’enquête sur le meurtre, la « guetteuse » aux « sombres chants » (380–403), et la « vierge aux serres crochues dont le chant était obscur » (1186–1222). Œdipe se targue de lui avoir répondu par sa seule intelligence, « sans le secours des oiseaux » (380–403). Dans la pièce, la cité lui offre le trône comme « un don non sollicité » (380–403), et rien n’est précisé sur la manière dont le mariage fut conclu. Dans Les Phéniciennes, Créon proclame que quiconque résoudra l’énigme épousera Jocaste.
L’intrigue de la pièce
La pièce commence par une peste qui s’abat sur Thèbes. Créon revient de Delphes porteur de l’ordre divin : bannir ou venger le sang de Laïos. Œdipe maudit le meurtrier inconnu. Tirésias, le devin aveugle, refuse d’abord de parler, puis désigne Œdipe comme le meurtrier et déclare qu’il vit dans une honte indicible avec ses plus proches parents. Œdipe accuse Créon de complot, et Jocaste interrompt leur querelle. En évoquant l’oracle fait à Laïos, elle mentionne le carrefour, ce qui alarme Œdipe ; celui-ci fait mander le serviteur survivant. Un messager venu de Corinthe annonce la mort de Polybe, puis révèle que Polybe n’était pas le père d’Œdipe. Jocaste supplie Œdipe d’arrêter ses recherches et s’enferme dans le palais. Le berger thébain est contraint d’avouer que l’enfant était celui de Laïos, et Œdipe s’écrie que tout est vrai. Un second messager annonce que Jocaste s’est pendue et qu’Œdipe s’est crevé les yeux avec les broches d’or de sa robe. Devenu aveugle, Œdipe demande à être banni du pays. Créon répond qu’il faut d’abord consulter le dieu, et lui permet de faire ses adieux à ses filles. Le Chœur conclut qu’aucun mortel ne doit être dit heureux avant d’avoir franchi le terme de sa vie sans avoir souffert.
Le destin ultérieur d’Œdipe : Œdipe à Colone
La pièce s’achève sans trancher le sort d’Œdipe. Il demande à vivre sur le Cithéron, la montagne que ses parents lui avaient destinée pour tombeau, et assure que ses fils sauront pourvoir à leurs besoins. Créon répond que le dieu en décidera. Chez Apollodore, Jocaste se pend et Œdipe, après s’être aveuglé et avoir maudit ses fils, est chassé de la ville. Ses fils le regardent partir sans lui porter secours. Accompagné d’Antigone, il parvient à Colone en Attique, où se trouve le sanctuaire des Euménides. Accueilli par Thésée, il y meurt peu après. Dans Les Phéniciennes, Créon l’expulse de Thèbes après la mort des deux frères, rappelant les paroles de Tirésias selon lesquelles la cité ne saurait prospérer tant qu’il y demeurerait.
Le traitement plus tardif qu’en donna Sophocle lui-même, Œdipe à Colone, fut représenté après sa mort, en 401 av. J.-C. La tradition de sa mort en Attique n’est pas la seule : dans l’Iliade d’Homère, Mécistée vient à Thèbes pour les jeux funèbres d’Œdipe « après sa chute », et Pausanias rejette pour ce motif la version de la tragédie de Sophocle. Il signale un monument funéraire en l’honneur d’Œdipe à Athènes, dont les ossements auraient été apportés de Thèbes.
La guerre des fils et Antigone
Les sources antiques s’accordent sur la querelle des fils d’Œdipe pour le trône, et Homère connaît déjà, dans l’Iliade, une guerre menée par Polynice et ses alliés contre Thèbes. Les Travaux et les Jours d’Hésiode évoquent des héros tombés devant Thèbes aux sept portes « lorsqu’ils combattaient pour les troupeaux d’Œdipe ». Apollodore et Euripide (dans Les Phéniciennes) s’accordent à dire que les deux frères avaient convenu de régner tour à tour. Leurs récits divergent sur la suite : Apollodore rapporte que certains font régner Polynice le premier, d’autres Étéocle. Dans Les Phéniciennes, Polynice part le premier, puis Étéocle refuse de lui céder la place. Polynice se rend à Argos, épouse une fille d’Adraste et rassemble une armée commandée par sept chefs, selon le récit d’Apollodore. Pausanias fait partir Polynice de Thèbes du vivant d’Œdipe, par crainte des malédictions paternelles, pour n’y revenir qu’après sa mort.
Chez Apollodore et Pausanias, les deux frères s’entretuent en combat singulier, et les assaillants sont repoussés. Les Sept contre Thèbes d’Eschyle attribuent leur trépas à l’Érinye et aux malédictions proférées par Œdipe dans sa démence. Dans la deuxième Olympique de Pindare, l’Érinye les fait périr en châtiment du parricide. La Thébaïde cyclique, dans un fragment cité par Athénée, fait naître la malédiction d’un affront subi lors d’un repas, et Les Phéniciennes indiquent que les fils avaient séquestré leur père, s’attirant ses anathèmes. La pièce elle-même ne mentionne nulle malédiction de ce genre : Œdipe y déclare seulement que ses fils sont des hommes et qu’ils sauront subvenir à leurs besoins.
Créon régna ensuite sur Thèbes. Chez Apollodore, il interdit d’ensevelir les morts argiens. Antigone donna une sépulture à Polynice, fut découverte par Créon et emmurée vivante dans un tombeau ; les Athéniens conduits par Thésée prirent plus tard Thèbes pour récupérer les dépouilles. L’Antigone de Sophocle, représentée avant Œdipe roi, est la mise en scène la plus célèbre de cet épisode.
Versions antérieures de la légende
Les sources les plus anciennes sur Œdipe sont les poèmes homériques, mais les tragiques puisèrent aussi dans des épopées perdues et chez les premiers prosateurs.
Dans l’Iliade, Mécistée, père d’Euryale, vint à Thèbes « pour les funérailles d’Œdipe, après sa chute ». Le poème ne précise pas comment Œdipe mourut, et c’est là la plus ancienne mention de sa fin. L’Odyssée fournit la plus ancienne esquisse de la légende. Ulysse y aperçoit « la mère d’Œdipe, la belle Épicaste », qui « accomplit sans le savoir un acte affreux » en épousant son fils après qu’il eut tué son père. Les dieux révélèrent bientôt la vérité, mais Œdipe continua de régner sur les Cadméens à Thèbes « souffrant de maux », tandis qu’elle se pendait. Le passage ne souffle mot du Sphinx, de l’aveuglement volontaire ni de l’exil. Il passe aussi sous silence les enfants nés de cette union, et Pausanias tire argument du mot « aussitôt » pour affirmer qu’Épicaste n’en donna aucun à Œdipe. Le nom d’Épicaste diffère de la Jocaste de Sophocle, bien qu’Apollodore signale que certains auteurs la nomment Épicaste.
Les Travaux et les Jours d’Hésiode mentionnent la guerre de Thèbes, où des héros périrent « en combattant pour les troupeaux d’Œdipe ». La Théogonie fait du Sphinx la fille d’Échidna. Les poèmes conservés ne relatent pas le destin d’Œdipe.
Cette épopée perdue, l’Œdipodie ou « Histoire d’Œdipe », est citée par Pausanias pour affirmer que les enfants d’Œdipe furent mis au monde par Euryganée, fille d’Hyperphas, et non par Jocaste. Pausanias ajoute qu’Onasias peignit à Platées Euryganée éplorée devant le combat de ses fils. Une inscription attribue le poème à Cinéthon, en 6 600 vers ; Pausanias ne nomme pas d’auteur. Un scholiaste d’Euripide cite l’épopée pour le meurtre d’Hémon, fils de Créon, par le Sphinx. Apollodore consigne la même variante faisant d’Euryganée la mère, en accord avec cette tradition et à l’opposé de Sophocle.
La Thébaïde cyclique, épopée consacrée à la guerre des Sept, n’a survécu que sous forme de fragments. Dans le plus long, cité par Athénée, Polynice place devant Œdipe la table d’argent et la coupe d’or de Cadmos. Œdipe s’afflige devant « ces trésors de son père » et profère des imprécations pour que ses fils ne partagent jamais leur héritage dans la concorde fraternelle, mais soient voués aux guerres et aux combats. Dans un autre, cité par un scholiaste d’Œdipe à Colone de Sophocle, il les maudit pour lui avoir servi un jarret de viande, et demande que chacun tombe sous la main de son frère. Dans les deux cas, la malédiction repose sur un affront de table et non sur le parricide. L’éditeur de la collection Loeb répertorie d’autres fragments sur Adraste et sur la mort de Parthénopée.
Le résumé des Chants cypriens par Proclus, autre poème du Cycle épique, rapporte que Nestor, au fil d’une digression, raconta à Ménélas l’histoire d’Œdipe, la démence d’Héraclès et l’aventure de Thésée et d’Ariane. L’abrégé ne fournit aucun autre détail sur la version exposée.
Dans la deuxième Olympique, Pindare déclare que « le fils prédestiné rencontra et tua Laïos, accomplissant l’oracle de Pytho, rendu jadis ». L’Érinye au regard perçant le vit et fit périr ses fils belliqueux dans un massacre mutuel. Polynice laissa un fils, Thersandre, dont Théron d’Acragas, célébré par l’ode, revendiquait descendre par la lignée d’Adraste. L’ode rattache directement le sort des fils au parricide, sans mentionner de malédiction proférée par Œdipe.
Phérécyde d’Athènes, écrivain du Ve siècle av. J.-C., est cité par Apollodore pour plusieurs détails de la légende thébaine : les pierres jetées par Cadmos parmi les Spartes, le collier d’Harmonie et l’aveuglement de Tirésias par Athéna. Une autre tradition antique rapporte que les deux fils d’Œdipe et de Jocaste furent tués par les Minyens, et qu’une seconde épouse, Euryganée, enfanta les quatre autres enfants. Ce témoignage est indirect. Apollodore (dont la Bibliothèque date probablement du Ier ou du IIe siècle apr. J.-C.) rassemble la légende thébaine en un récit suivi et relève des variantes telles que celle d’Euryganée.
La trilogie thébaine d’Eschyle, dont seuls Les Sept contre Thèbes nous sont parvenus, traitait la légende sous l’angle d’une malédiction héréditaire. Dans Les Sept, le Chœur fait remonter le malheur à Laïos, qui engendra un enfant au mépris de l’avertissement d’Apollon renouvelé trois fois. Il évoque les honneurs rendus à Œdipe après qu’il eut délivré la ville du « fléau ravisseur d’hommes » (772–777). Il montre ensuite son désespoir en découvrant son hymen, ses yeux crevés de la main même qui avait tué son père, et les malédictions lancées contre ses fils. Les Sept montrent aussi Œdipe s’aveuglant dès que la vérité éclate.
L’Œdipe d’Euripide est perdu, mais le prologue des Phéniciennes expose sa version du passé. Jocaste le prononce et demeure vivante durant l’action. L’enfant est recueilli par les écuyers de Polybe. Le conducteur du char de Laïos ordonne au jeune homme de s’écarter, et les sabots des chevaux lui ensanglantent les pieds. Créon promet la main de Jocaste en récompense à qui résoudra l’énigme. Après l’aveuglement, les fils enferment Œdipe afin d’effacer le souvenir de son malheur, et il les maudit. À la fin, Créon le bannit. Œdipe s’y lamente sur un sort scellé avant sa naissance. Sur tous ces points, Euripide s’écarte de Sophocle, dont l’Œdipe règne à Thèbes de sa propre autorité, s’aveugle lui-même et attend son exil.